dimanche 16 juillet 2017

Coup de Gueule : Et oui, et oui, l'Ecole est Finie (: (


Cette fin d'année scolaire 2016-2017 est marquée pour moi par une très grande déception. Suite au retour quasi général à la semaine de quatre jours un peu partout, je perds donc ainsi que mes collègues, le poste que j'occupais auprès de la Commune de Velaux depuis septembre 2015, et je perds les ateliers d'initiation à la Bande Dessinée que j'animais depuis cette date auprès des enfants des groupes scolaires Jaurès et Giono de cette Commune.

Déception car la réforme des rythmes scolaires mise en place sous la Présidence de M. François Hollande était une réforme dans laquelle je croyais profondément, dans la mesure où elle devait permettre de dégager des heures favorisant l'entrée au sein de l'école publique française d'activités culturelles qui n'y avaient pas habituellement leur place, je veux dire par là, pas d'une façon aussi développée. Car de toute façon, contrairement à ce que j'ai pu entendre ici et là, l'école n'est pas non plus un cercle fermé ! En tous les cas, je ne le pense pas !

Alors, je serai honnête : dans une certaine mesure, je ne m'étonne pas du retour à l'ancienne formule quatre ans plus tard, car la vérité est que les choses ont été mal faites, je m'étonne simplement que notre travail durant cette période ne soit pas au final reconnu à sa juste valeur, et soit surtout effacé pour de mauvaises raisons.

Ce qui n'allait pas - selon moi bien entendu, mais je ne pense pas me tromper - était que les différents Ministères et corps concernés avaient choisi de nous associer, non pas aux enseignants comme on aurait pu le penser, mais aux structures de l'Animaton Socio-culturelles et d'Accueil de Loisirs présentes dans les Communes où nous exercions. Ce pour une raison simple : les enfants devant aller à l'école le mercredi matin, ces structures perdaient des parts de marché, et pour ne pas les pénaliser, on les a incluses dans le dispositif. Enfin, quand je dis "on", je veux dire les décideurs, c'est à dire les politiques.

Or, ce n'était pas logique ! Car puisque nous devions intervenir au sein des écoles, il fallait nous faire travailler en collaboration avec les professeurs, les directeurs, et surtout, essayer de faire un pont entre les programmes scolaires et nos activités ! Au lieu de ça, "on" a préféré nous associer à des structures dont l'objectif habituel n'est pas de faire de l'enseignement, mais d'apporter avant tout aux enfants de la distraction ! De la distraction certes intelligente si possible, et non dénuée de tout objectif pédagogique, ça d'accord, mais pas de l'enseignement ! Or, l'Accueil de Loisirs c'est bien pour les vacances et les mercredis après-midi (je travaille moi-même volontiers avec eux sur ces créneaux-là, il n'y a pas de problème), mais à mon avis, il n'a pas sa place à l'école. Ou alors, et ça, ça aurait pu être intéressant, il aurait fallu l'associer lui aussi aux enseignants ! Parce que les Animateurs d'Accueil de Loisirs sont eux aussi des gens formés et agrémentés par le Ministère de la Jeunesse et des Sports, ils sont habitués à travailler avec les enfants, et sont tout aussi professionnels que les intervenants spécialisés comme moi, ou les "vrais" enseignants. En tous les cas, ils doivent l'être, mais la question demeure : pourquoi a t-on tenu les enseignants à l'écart de notre participation à l'école, nous transformant ainsi quasiment en "intrus" ? Et apportant en conséquence un aspect "récréation" qui a pollué notre démarche pédagogique pendant trois ans. J'irai même plus loin en disant que certains enfants étaient un peu perturbés et ne savaient pas trop qui nous étions, pourquoi nous étions là, et qu'est ce que nous y faisions. Je ne pense pas qu'ils avaient conscience de notre complémentarité au travail de leurs enseignants, et ça, c'est fort regrettable, à mon humble avis.

Le deuxième problème auquel mes collègues et moi-mêmes avons été confrontés - en tous les cas, ç'aura été le mien - fut le manque de temps. L'organisation un peu partout était telle que les activités étaient organisées autour de groupes d'enfants (volontaires ou non, ce qui est dans le deuxième cas une abérration...) suivant telle ou telle activité pendant 5, 6, voire 7 semaines, jusqu'aux vacances scolaires, et qui à la rentrée suivante changeaient d'activité et d'intervenant. Lequel changeait donc de groupe lui aussi. Or, je vous le dis Mes Chers Crocos, si vous voulez faire pratiquer un atelier sérieux à des enfants, il vous faut bien plus que 5 à 7 semaines ! Par atelier sérieux, j'entends leur faire suivre un programme pédagogique cohérent, avec du contenu technique, et leur laissant à eux aussi le temps de produire tranquillement quelque chose de correct ! Et en seulement 5, 6, ou 7 semaines, qui plus est avec seulement trois-quart d'heure de temps de travail réel ! ça me parait impossible ! Résultat, nous avons tous réduit nos objectifs pédagogiques et n'avons certainement pas délivré nos savoirs-faire de la façon la plus efficace possible. Et pour autant, vous jugerez vous-même sur pièces, puisque je vais vous présenter les travaux réalisés par ceux que j'appelle affectueusement "mes petits élèves" n'en sont pas moins très intéressants et parfois très réussis ! Mais ça aurait pu être encore mieux !

Troisième et dernier problème en ce qui me concerne, mais pas des moindres... le problème du respect de l'adulte et de la discipline. Aucune discipline en fait. C'est à dire que lorsqu'un enfant perturbait notre activité, nous n'avions en pratique aucune possibilité de le sanctionner. Il nous fallait alors passer par des référents (nos camarades de l'Animation) pour qu'ils "interviennent" à notre place pour recadrer, rappeller les règles, etc etc... et dans l'ensemble ils le faisaient ! Mais il n'y eut jamais - à ma connaissance du moins - de vraie sanction, c'est à dire une vraie punition ! Résultat : les enfants bien élevés et appliqués suivaient l'activité comme ils pouvaient, dans le bruit la plupart du temps, et les perturbateurs polluaient les ateliers librement sans qu'on puisse faire quoi que ce soit ! Et plusieurs enseignants m'ont dit que s'ils avaient eux la possibilité de maintenir la discipline qui nous manquait, il y avait tout de même de nombreux freins qui les en empêchaient. Mais voilà en France, on a reculé sur beaucoup de choses, et l'éducation générale en fait partie. Tout simplement parce qu'on ne veut pas revenir à des excès antérieurs (quand j'étais petit, on se faisait parfois gifler par nos professeurs, ce qui est inadmissible ! Et j'ajouterais qu'on s'en prenait une deuxième à la maison...); parce qu'on ne veut plus obliger les enfants - et les parents surtout - à venir en retenue le samedi (ben merde, mon petit il a foot le samedi, faut pas déconner !), et surtout parce qu'on a peur des parents qui sont prêts à faire un scandale ou un procès pour un oui ou pour un non !

Tiens, je vais vous en raconter une bonne ! Comment j'ai tué le Père Noël ^^ ça va vous donner une idée du truc.... Alors voilà Noël, justement c'est pas mon truc à moi, mais je n'en parle jamais dans le travail, et si les enfants veulent qu'on fasse un dessin sur Noël, il n'y a pas de problème !

Un jour, en fin d'atelier, au moment où je ramasse les dessins pour les scanner chez moi (je leur rends la semaine suivante bien sur !), j'ai un petit "K", à peu près 8 ans et demi, 9-10 ans - qui vient me dire "Manu, le Père Noël, il existe pas, en fait ce sont les parents qui donnent les cadeaux, j'ai raison ou pas ?" Question des plus sensibles s'il en est ! Comme je ne veux pas répondre car on ne sait jamais peut être que les autres enfants y croient de leur côté, je me contente de marmonner un "mm-mm" en tordant ma bouche, puisque je me rends bien compte que dire le contraire à mon "K" serait faire insulte à son intelligence et à son éveil. Donc un simple "mm-mm", je prends son dessin, et je passe au suivant, et le "K" n'insiste pas. Ouf ! (: P

Quelque jours plus tard, "D", ma référente (Animatrice responsable du moment, mutée à un autre poste un peu plus tard) vient me voir :

"Manu, il faut qu'on parle, tu as fait une bourde la semaine dernière. Et c'est grave !"

Mon sang se glace, je suis aussitôt affolé : "mince, j'ai du en oublier un !" je veux dire par là que j'ai laissé sortir un enfant de l'école sans vérifier qu'il devait bien sortir et non rester attendre ses parents qui viennent le récupérer auprès d'un autre service (géré par les Animateurs). ça n'arrive jamais, et je dirais même que ça ne peut pas arriver techniquement, mais c'est notre plus grande peur ! Comme nous sommes responsables de la sécurité, ce serait pêché mortel ! Mais là, ma référente me fait :

"Il parait que tu as dit aux enfants que le Père Noël n'existait pas !"

D'abord stupéfait, je me souviens très rapidement de l'échange avec "K" et relate à "D" ma version des choses. Et là elle me rétorque :

"Oui, mais "K" est allé dire à sa petite soeur que l'animateur de la BD avait dit que le Père Noël n'existait pas, sa petite soeur elle a 5 ans, et bien sur croit dans le Père Noël, et elle est ensuite allé rapporter à table, le soir ce que tu avais dit ! Et le lendemain, le papa est venu faire un scandale au bureau à la Mairie, en disant "mais pour qui il se prend celui-là pour dire des choses pareilles" (ben, c'est simple, mon con : je me prends pour un type qui n'a absolument rien dit du tout !). On a réussi à le calmer, mais voilà !"

Et moi de répondre "mais enfin, je n'ai jamais dit que le Père Noël n'existait pas !" (vous vous rendez compte par quoi on doit passer parfois). "D'ailleurs, c'est un sujet que je n'aborde jamais, je n'en parle pas, on peut le dessiner s'ils en ont envie, mais de façon générale, je m'en fous du Père Noël ! Et en tous cas je n'ai rien dit, je me suis simplement contenté d'un mm-mmm parce que je comprenais bien que "K" n'était pas dupe !"

Et là, pendant ce moment hyper embarrassant pour moi, je me demande à la fois ce que je fais là, et je mesure soudain le fossé qui nous sépare quand ma collègue référente à qui je viens d'expliquer que non je n'ai rien dit du tout !!!! m'assène alors un "Tu as volé le Noël des enfants !"

Et là, comme je suis quand même un cow-boy mal dégrossi de 45 ans, qui a quand même un peu vécu, je me mets à partir d'un rire, mais alors d'un rire.... et elle de s'étonner et, déçue par ma réaction (peut être s'attendait elle à me voir fondre dans mon pantalon, je ne sais pas...) : "Et en plus ça te fait rire ?" et moi bien entendu, j'ai répondu "Oui !" :) )

On en resta là, je lui présentai des excuses bidons - si ce n'est que je suis sincèrement navré pour la petite soeur de "K", mais c'est tout de même "K" qui est allé lui dire que le Père Noël n'existait pas, et pas moi ! D'ailleurs, je n'ai rien dit du tout, c'est "K" qui depuis le début, cherche à élucider le mystère de Noël ! Mais voilà... j'avais volé le Noël des Enfants. Comme dans les téléfilms américains de fin d'année ! :) ) Et un papa que je n'ai jamais rencontré est venu faire un scandale, qui aura été apaisé par je ne sais trop quel argument. Je pense qu'il aurait du venir me voir moi, tout simplement, ou me faire passer un mot, et on aurait pu faire dégrossir la chose tout naturellement. Mais tout à sa colère, et dans le fond, je peux faire l'effort de le comprendre puisque ce n'est qu'un malentendu, il est allé faire un scandale. J'ai une collègue qui a carrément été prise à partie à la sortie de l'école par des parents, eux aussi mécontents de je ne sais quoi. Alors voilà, ce genre d'incident n'arrive que rarement, mais bon, il y a un moment donné il convient peut être de se poser un peu des questions de fond sur ce qu'on fait là.

Alors certes, j'ai probablement mal géré la chose, je suis obligé de le reconnaître ! J'ai forcément ma part de responsabilité ! J'aurais sans doute du dire à "K" que je ne savais pas, ou lui dire que le Père Noël existait bel et bien (d'ailleurs peut être que c'est le cas ! (: o), ou peut être que j'aurais du faire semblant de ne pas avoir entendu sa question, mais je n'oublierai jamais le "Tu as volé le Noël des enfants" qui me restera en travers de la gorge jusqu'à la fin ! Après, je dois à ma collègue référente qu'elle était dans sa logique à elle, moi dans la mienne, donc quelque part, il n'y a rien de méchant dans tout ça, ça n'est qu'un malentendu et c'est une question de planètes différentes ! Mais voilà....

Quelques jours après cet incident, eurent lieu les attentats du Bataclan. Juste pour dire que dans la vie, il y a des choses vraiment plus importantes, vraiment "graves", et qui elles dépendent de questions vraiment sérieuses et qui volent vraiment le Noël de tout le monde.

Bref, tout dépendait un peu du groupe sur lequel on tombait. C'est comme ça, c'est travailler avec l'humain. Parfois ça se sera très bien passé, parfois ça ne se sera pas bien passé du tout. Et j'aurai pu le constater d'autant mieux que j'ai eu la chance de travailler à deux endroits différents, avec des publics très différents, et sous deux organisations également différentes.

Quoi qu'il en soit, nous aurons fait notre possible et je pense que nous aurons pu apporter des choses positives et de belles découvertes aux élèves qui auront suivi nos interventions. Je l'espère de tout coeur, d'autant que certains d'entre eux n'étaient pas volontaires pour suivre nos activités, ce qui encore une fois, est vraiment abérrant !

Mais ce qui me fend réellement le coeur, ce sont les raisons (officilles ou officieuses) pour lesquelles on supprime la réforme dite des rythmes scolaires, et que l'on supprime donc nos interventions ! Raisons qui n'ont dans l'ensemble rien à voir avec notre travail, et c'est ça qui me dérange !

La première raison est d'ordre financier : cela coûtait très cher aux Communes ! Là je n'ai pas d'argument à opposer à ça ! ça me contrarie, mais je peux comprendre !

La deuxième raison est une raison qui ne me convient pas du tout et qui justement n'a rien à voir avec nos interventions : les enfants étaient fatigués d'aller à l'école le mercredi matin ! Waouu ! Les pauvres ! Là, j'ai deux choses à dire : premièrement, c'est vrai, j'en ai discuté avec eux, et ils sont ravis de récupérer leur mercredi matin. Okay ! C'est noté dans le journal de bord !

Deuxièmement, et là je vais me faire un tas de copains... Peut être qu'ils seraient un peu moins fatigués s'ils n'avaient pas autant d'activités extra-scolaires à côté. Le foot le samedi, le karaté le lundi, le dessin le mardi, etc etc... Et peut être qu'ils seraient un peu moins fatigués s'ils avaient moins recours à des écrans comme les tablettes, les smart-choses et autres machins connectés sur lesquels ils passent - comme beaucoup d'adultes, moi le premier - beaucoup trop de temps ! 

Fatigués par l'école ou pas, le fait est que nous avons des enfants qui ne savent pour la plupart plus écrire une phrase sans faire de fautes, qui ne possèdent pour la plupart qu'un vocabulaire très réduit, et parait-il qui ont des difficultés à compter.

Alors j'ai bien conscience que je parle ici comme un "vieux con", et je l'assume totalement, mais après l'éducation donnée par les parents, l'école c'est la chose la plus importante pour un enfant ! Et plus on réduira le temps passé à l'école, plus on abaissera les objectifs pédagogiques, plus on laissera arriver au collège des enfants qui n'ont pas le niveau, et moins on s'en sortira !

Et cette réforme des rythmes scolaires qui a semblé inutile à certains, aurait pu permettre de se servir de nos activités comme des pédagogies parallèles pour aider à rattraper certains retards, et si je peux prêcher un peu pour ma paroisse, l'activité Bande Dessinée est idéale pour ça. Parce qu'elle permet normalement de travailler autant l'image que le texte, et qu'elle favorise chez l'enfant un apprentissage par progression, et une organisation structurée du travail par étapes. Et en ce qui me concerne, l'organisation pratique des choses telles que décidées par "en-haut" ne nous a pas permis de développer convenablement ces objectifs-ci ! Les résultats ne sont pas catastrophiques, loin de là, et vous allez juger, mais honnêtement, ça aurait pu être mieux, et les collègues intervenant(e)s avec qui j'ai pu discuter en "off" m'ont dit penser la même chose. Quand vous voyez que des enfants n'osent pas poser de bulles sur leurs planches parce qu'ils ont peur/ honte de ne pas savoir écrire correctement, ça c'est "grave" !

Bref, la réforme des rythmes scolaires était d'après moi une belle réforme, mais sa mise en place a été assez inégale, et elle aurait mérité plus de temps. Et une vraie évaluation également ! Je pense que c'est une belle occasion ratée, et qu'il est très regrettable que l'on dépende si souvent du politique dans nos métiers.....

Voilà, c'était le coup de gueule du 16 juillet 2017.

A bientôt les Crocos ! La bise, Manu.

PS : allez, dans le post suivant, je vous montre les travaux que les enfants ont fait :)

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